Divine Comédie
Description

Entre évolution et révolution, ce projet de roman décrit une dystopie où la technologie est prohibée et où les Enfants de Dôn dominent grâce à la maîtrise du Flux. L'écriture est en pause depuis 2013 par manque de temps et car je ne suis pas pleinement satisfait du scénario et du développement des personnages. J'ai choisi un extrait de l'introduction car beaucoup de choses peuvent encore changer.

Aer ou La Cité des Rêves (extrait)

Allongée sur le dos, Sève contemplait toute la magnificence d'Aer. Cette splendide cité l'avait toujours émerveillée de par sa beauté, et elle aurait tant souhaité connaître l'histoire de sa construction. Véritable arbre au milieu d'un désert sans fin, les étincelantes branches immaculées partaient de son puissant tronc, massif et infini monolithe. Sur chaque ramification, des habitations étaient construites, et très haut, bien plus haut que là où elle se trouvait, évoluaient les routines de transport.

Sève n'avait que rarement vu de près les routines de la ville haute, car l'accès à cette dernière était interdit aux gens de son espèce. Là-haut, de sublimes et coquets trains filaient en silence sur des rails suspendus, et le peuple pouvait aussi se déplacer verticalement à des vitesses incroyables, sans le moindre effort physique. Rien de tout cela n'était présent dans la ville basse, et encore moins là où elle habitait.

Pourtant, la vie n'avait pas toujours été si rude ici-bas, et l'écart n'avait pas toujours été aussi béant entre les paliers de la Cité des Rêves. Mais malgré tout ça, Sève ne pouvait s'empêcher de contempler la majestueuse prétention de la ville haute à travers ses pupilles azuréennes. Le fruit, bien que pourri de l'intérieur, semblait toujours si délicieux, si lisse et parfait. Le jour viendra peut-être où sa peau flétrira, éclaboussant ses habitants de sa vraie nature, mais ce jour n'était visiblement pas aujourd'hui.

Tout changeait si vite. En presque trente ans d'existence, Sève avait vu tant de transformations profondes, et pourtant elle contemplait presque la même vue qu’à l’époque. Mais tout lui semblait plus éloigné. Regardant le soleil, elle se rendit compte de son retard. Oh, ils pourraient commencer sans elle, mais Sève détestait rater ce rituel qui la rapprochait des gens. Elle s'étira, se leva et attacha ses cheveux d'ébène pour qu'ils ne la gênent pas, avant d'enfiler et de sangler son A-01 sur son dos.

La jeune femme jeta un rapide coup d'œil vers le bas et fut prise d'un vertige. Puis elle sauta. La tête la première, Sève filait entre les branches d'Aer, priant comme toutes les fois qu'un coup de vent ne la dévie pas trop. Arrivée sur le bas du tronc, elle eut une vue globale de la décharge, côté sud. Ce lieu n'avait pas beaucoup changé non plus, sinon de par l’augmentation de son volume. Tirant sur une lanière, elle déploya enfin les ailes de son A-01. Se servant de la résistance de l'air, elle prit la direction du bar l'Espoir, toujours à une vitesse impressionnante. Les structures métalliques rouillées, les déchets et les habitations insalubres filaient autour d'elle, comme déformées. Puis elle vit le bar si facilement reconnaissable par son enseigne clignotante et bigarrée, et tira la seconde sangle qui activa la turbine de son aile dans le sens opposé à sa marche. Comme à chaque atterrissage, Sève dut se diriger avec talent pour ne pas s'emboutir dans le bâtiment. Il faudrait vraiment qu'elle parle de ça à Zai, sinon sa vie risquait un jour de se finir de manière abrupte.

Malgré toute sa souplesse, la jeune femme eût juste le temps de replier les ailes avant de faire une culbute face contre terre. Elle sourit. Malgré tout le danger que représentait ce prototype, Sève était grisée par ces séquences de vol, qu'elle savait être une chance unique. La porte du bar s'ouvrit et la vieille Sully secoua la tête, avant de passer la main dans ses cheveux poivre et sel. S'approchant, elle l'aida à se relever.

- Quand est-ce que tu vas arrêter toutes ces bêtises ?

Sève sourit de toutes ses dents, comme une gamine.

- Tu sais bien que c'est impossible, j'aime trop ça pour m'en priver.

Simon