Divine Comédie
Description

Nouvelle sur le thème "empire", quatrième exercice de mon groupe d'écriture.

Kana'n (nouvelle)

Ils ont tué ma soeur. Ils l'ont tuée, mais je ne la suivrai pas. Je suis plongée dans la pénombre, recroquevillée dans un recoin de cette immense pièce inquiétante. Penseront-t-ils à me chercher ici ? J'entends beaucoup d'agitation dans les couloirs. Des bruits de pas martèlent le sol de pierre et des cris et phrases que je ne comprends pas, que je ne veux pas comprendre, fusent. Concentre-toi. Disparais. Si je pense assez fort, je sais que la réalité s'adaptera. Il le faut. Un, deux, trois, c'est l'histoire d'un petit roi. Quatre, cinq, six… oh non, ça se rapproche ! Silence, arrête de penser ! TAIS-TOI ! La porte grince. J'entends des gens qui rentrent, parlent. Je ne veux pas entendre, c'est MA réalité, pas la leur. Il ne faut pas qu'ils l'influencent.

Je ne tiens plus, je rouvre les yeux et tombe nez à nez avec une ombre charpentée qui semble toute aussi surprise que moi. J'étouffe un cri, tente de m'enfuir mais une main enserre mon poignet et je sens le dégoût m'envahir. Je me débats et frappe tant que je peux, mais une seconde ombre, puis une troisième se joignent à la première et entravent mes membres, m'étouffent. Laissez-moi partir. S'il vous plait… Je sens comme une piqure de guêpe sur mon bras. Qu'ont-ils fait ? Mon esprit flotte. Je vois la pièce et mon corps de l'extérieur, ou plutôt je le devine sous ces ombres inquiétantes. Je perds connaissance.

La vive lumière me fait entrouvrir les yeux, et je le regrette immédiatement quand les rayons lumineux transpercent mes globes oculaires comme des aiguilles. Mon corps voudrait se contracter, se convulser mais j'arrive à peine à fermer à nouveau les paupières. Je ne sens presque plus mon corps, mais des mains le parcourent, sans le moindre respect pour mon intimité. Suis-je nue ? J'essaye d'ouvrir les yeux et constate que je suis bien dans le plus simple appareil du monde, tandis que des personnes s'affairent autour de moi et passent leurs mains le long de mes cuisses, mes bras, mes seins. Puis je vois un grand homme s'avancer vers moi, avec un seau dans les mains. Il me jette le contenu dessus et sa fraicheur glaçante me brutalise, mais c'est à peine si je tressaille. Ils passent désormais des serviettes sur ma peau et commencent à m'habiller, telle une poupée. Des femmes me maquillent, mais que veulent-ils ? Vous m'avez tout pris, qu'est-ce que vous voulez de plus ?

Je suis portée à travers couloirs et pièces, et l'on finit par m'installer sur un grand siège. Des vieillards bien habillés me regardent et font des messes basses. Oh, vous pouvez parler, je ne vous aurais pas écouté de toute façon. Beaucoup de temps passe alors que je suis immobile sur mon siège, incapable du moindre mouvement. Une horde de gens rentrent et me regardent. Tous. Un homme parle, un autre pose un cercle métallique autour de ma tête. Alors c'est ça, vous allez m'assassiner comme Vashti ? Avec l'une de vos inventions déviantes ?

- Dinah Adad, toi qui portes le nom de ta lignée, deviens aujourd'hui l'impératrice du grand royaume de Kana'n !

Un fracas d'applaudissements retentit, tandis qu'une larme discrète glisse sur ma joue.

Simon